mercredi 30 juin 2010

Voyage en papier (3)

Même en touchant les murs de mon appartement, en sentant l'odeur des rues, des ruelles, du métro et des autobus, même en regardant les gens dans les yeux, je n'arrive pas à croire que je suis revenu. Tout m'est étranger maintenant. Mon regard bourdonne et ne voit les choses qu'embrouillées par la gaze d'un mouvement trouble. Je ne veux pas toucher, par peur qu'un arbre en carton tombe, que le masque de mon père se fracasse sur le plancher et que derrière se cache un acteur qui joue mal, par peur que derrière les décors qui s'effondrent, les choses soient encore plus mornes.

Je suis resté là-bas entre les inconnus des villes d'Europe, entre les fissures des murs plus séculaires que les miens, dans le maelstrom de l'Histoire. J'ai été aimanté par le temps. Quelque chose en moi n'est pas revenu. Une peau morte n'est pas montée à bord de l'avion. Cet étranger en moi qui ne reconnaissait rien à sa propre ville avant de la quitter, cet homme est emprisonné de l'autre côté de l'océan, entre les autres inconnus des villes d'Europe, entre les fissures des murs plus séculaires que les siens, dans le maelstrom de l'Histoire. Il a été aimanté par l'oubli.

Il me faut remplir ce lieu en moi qui m'allège. Il me faut compenser le candide disparu parce que le vent me fait vaciller maintenant et que mes pieds parfois glissent et ne trouvent plus d'appui solide.

Quelque chose en moi a changé dans un oubli à l'aéroport entre deux piles de bagages poussiéreux. Quelque chose qui, j'imagine, tend la main vers l'Ouest sans trop croire que je le verrai.

©Charles Dionne 2010

1 commentaire:

  1. En jet-lag profond où la perte de repères se fait cruelle.

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